La Vie moderne, de Raymond Depardon Festival 3 Couleurs : du 25 au 31 mars, les meilleurs films que vous avez manqués pour (More)Festival 3 Couleurs : du 25 au 31 mars, les meilleurs films que vous avez manqués pour seulement 3€, dans les cinémas MK2 Beaubourg, MK2 Parnasse et MK2 Quai de Seine. La critique de TROIS COULEURS LONGUE VIE Complétant une trilogie entamée en 2001, La Vie moderne dresse le portrait intime d’un groupe peu représenté : les paysans de moyenne montagne. Dialogue avec son auteur, l’immense Raymond Depardon. Au mitan de La Vie Moderne, une scène frappe par sa puissance émotive. Face à la caméra de Raymond Depardon, un homme se tient, immobile, silencieux. De l’aveu même du réalisateur, ses traits évoquent ceux d’un chef Sioux, sa cinégénie celle d’un Jack Palance. Vêtements simples, décor de peu de choses, l’homme regarde un reportage sur la mort de l’Abbé Pierre. À ces images télévisées, babillardes et impersonnelles, s’opposent alors, dans notre esprit, celles du documentaire de Depardon, qui n’est qu’intimité, chaleur, langues lentement déliées. «Cet homme est le vieux garçon que j’aurais pu devenir si je n’avais quitté, à 16 ans, la ferme familiale », nous dit Depardon, aussi bonhomme et hospitalier, mais bien plus bavard, que les paysans auxquels il rend visite dans La Vie moderne. Une relation au long cours, commencée il y a plus de dix ans : «Filmer ces gens, c’est une manière de réaliser le documentaire que je n’ai pu faire sur mes parents. En un sens, il m’a fallu faire le tour du monde pour ne plus avoir honte de renouer avec mes origines paysannes. » La Vie moderne complète deux longs métrages de l’ex-reporter globe-trotteur : Profils paysans : l’approche (2001) et Profils paysans : le quotidien (2005). À sa manière humble, la trilogie enregistre les divers bouleversements opérés, loin du brouhaha urbain, dans ces fermes amies : décès, départs à la retraite, transmissions entre générations, renoncements, etc. Pour autant, La Vie moderne n’est pas un film de sociologue, mais de photographe : « L’influence des photographes américains, plus frontaux que les Français, m’a été précieuse. À leur contact, j’ai appris à faire l’équilibre entre le miroir et la fenêtre, c’est-à-dire entre l’empathie et le voyeurisme. » À partir du 21 novembre, la Fondation Cartier accueillera une installation vidéo de Raymond Depardon sur le thème de la « terre natale », appréhendée selon une perspective non plus intime, mais mondiale. Creuser le même sillon, en variant les angles d’approche : ce pourrait n’être qu’un legs paysan, cela ressemble à un art poétique. Auréliano TONET (Less)